ManzerPartazer, gagnant du Prix de l'Entrepreneur: "J'ai frappé aux portes. J'ai souri !"

Julia Venn, porteuse du projet ManzerPartazer, 1er prix du Prix Orange de l’Entrepreneur Social Afrique et Moyen-Orient 2017, nous explique sa démarche entrepreneuriale et livre quelques conseils aux créateurs d’entreprises.

Entrepreneur Club – Comment vous est venue l’idée de créer votre projet de start-up ?
Julia Venn – En 2012, ma mère et une de ses amies se sont demandées ce que la boulangerie du village faisait du pain invendu. Je me suis aussi interrogée : que deviennent tous ces surplus ? Une de mes amies, la même année, a voulu jeter un yaourt dont la date de péremption avait expiré depuis deux semaines. Je lui ai dit qu’il fallait au moins ouvrir le yaourt d’abord pour vérifier s’il était mauvais. Au final, nous l’avons toutes goûté et sommes tombées d’accord: il était absolument délicieux ! J’ai commencé à lutter contre le gaspillage alimentaire et à mener une recherche intensive sur le sujet.
En 2014, en Allemagne, j’ai fait l’expérience de l’initiative « Foodsharing e.V. » et j’ai aussi testé le glanage de nourriture dans les poubelles (« dumpster diving », plongée dans les bennes à ordures). Cela m’a permis de vérifier moi-même ce qu’on lit en ligne sur les statistiques internationales du gaspillage alimentaire, et j’ai été encore plus choquée par ce que j’ai pu constater. C’est ainsi qu’on comprend vraiment l’étendue du problème. Arrivée à l’île Maurice, je n’avais qu’une idée en tête, vérifier la situation du gaspillage sur place. J’ai rencontré au bon moment la bonne personne pour débuter une première initiative contre le gaspillage alimentaire dans l’océan Indien. Avec Davide Signa, nous avons fondé ManzerPartazer en janvier 2015 à Maurice.

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots votre projet et son principal bénéfice ?
ManzerPartazer lutte contre le gaspillage alimentaire en connectant les surplus et les invendus avec ceux qui en ont besoin.
Depuis 2015 à Maurice et depuis 2016 à Madagascar, le projet se base sur la redistribution gratuite de la nourriture récupérée vers les orphelinats, grâce à la livraison gratuite avec DHL MG à Antananarivo et à travers d’autres partenaires de transport à l’île Maurice en utilisant leurs routes quotidiennes déjà existantes. Sans occasionner ni coût supplémentaire, ni émission supplémentaire de dioxyde de carbone (CO2). En 2016, à Tananarive, on a pu récupérer 3 tonnes de nourriture, partager 12.000 repas et éviter la création de 4,5 tonnes de dioxyde de carbone. Tout cela avec uniquement 6 donateurs qui représentent 3% du marché local et avec un minimum de ressources humaines, temps, financières.
Maintenant on veut aller plus loin, grâce au Prix Orange de l’Entrepreneur Social ! IMAGINEZ ce qu’on pourrait faire avec 100 % du marché à Tananarive, ce qu’on pourrait faire dans tout Madagascar, dans toute l’Afrique ? C’est notre rêve ! Et on peut le réaliser avec une simple application mobile qui connecte en temps réel les invendus avec les bénéficiaires. Mais aussi avec les consommateurs qui peuvent acheter les invendus à petit prix tout en ayant la possibilité d’avoir la livraison verte à domicile !
Cette application permettra :
– aux commerçants de jeter moins et gagner plus;
– aux consommateurs de manger moins cher et sauver la planète;
– à la population locale de créer des emplois verts;
– aux sans-abris et orphelins d’avoir des repas bons et gratuits;
– à ManzerPartazer de devenir une entreprise sociale et durable !
Tout cela en utilisant Orange Money et les SMS Orange et en réduisant les impacts socio-environnementaux que le gaspillage alimentaire engendre. Un système gagnant-gagnant pour tout le monde et facile à répliquer dans toute l’Afrique !

En quoi votre projet incarne-t-il une démarche originale d’entrepreneuriat social en Afrique ?
En Afrique on ne parle pas de gaspillage alimentaire, car on pense que cela existe uniquement dans les pays occidentaux et riches. Mais, d’après notre expérience, le gaspillage alimentaire existe aussi en Afrique. A une échelle considérable.
L’originalité de la démarche peut s’expliquer par :
– La situation géographique du pays où implanter le projet de lutte contre le gaspillage alimentaire
– La combinaison de la distribution gratuite des surplus alimentaires vers les orphelinats et l’achat à petit prix pour les consomm’acteurs
– Le système du transport collaboratif combiné avec la livraison verte qui crée des emplois verts
– Notre vision à long terme qui permettra également de créer plus et divers emplois verts autour du projet et du sujet de gaspillage alimentaire.
Cette démarche va faire de l’Afrique un continent innovant, créatif et plein d’opportunités dans une économie verte et circulaire croissante, qui saute l’étape de l’industrie normale et dépasse les pays développés en terme d’innovation digitale et verte.

 

Julia Venn et Linda Rasamoeliniaina

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui veut se lancer dans un projet ?
1) CROIRE EN SOI : le plus important est de croire d’abord en soi-même et à sa propre idée. Quand tu es 100% convaincu de ton idée, tu es 1) certainement motivé et 2) tu peux convaincre n’importe qui ! C’est l’enthousiasme et état d’esprit positif qu’il faut pour se lancer dans cette aventure avant tout !
2) COMMENCER: l’argent n’est pas nécessaire pour débuter! Si tu es vraiment convaincu de ton idée, tu peux faire tes premières étapes sans argent. Prouve que tu peux faire quelque chose même en n’ayant rien dans les poches. Cela t’aidera à acquérir quelques expériences et à gagner en crédibilité. Et cela t’aidera aussi si tu veux demander un jour un financement car tu as déjà prouvé ce dont tu es capable de faire et que ton projet, même à petite échelle, fonctionne. Cherche des personnes qui adhèrent à ta vision et qui sont prêtes comme toi à investir leur temps et leurs talents. Avec plusieurs têtes créatives, on peut déjà faire beaucoup !
3) TESTER TON IDÉE : beaucoup d’entrepreneurs restent longtemps sur leurs dossiers, car c’est ce que tout le monde dit qu’il faut faire : bien écrire le business plan, bien faire l’analyse du marché, etc. Oui c’est bien, mais je vous dis il faut surtout FAIRE. Être devant l’ordinateur et être dans la vraie vie c’est très différent. En plus, dès que tu testes ton projet dehors, tu verras que les choses changent et évoluent toujours. Votre projet se développe toujours et l’idée initiale ne reste jamais exactement la même. Du coup, n’attends pas le dossier parfait pour sortir de ta porte !
Pour être honnête, je n’ai jamais trop été devant mon ordi à la phase initiale. J’ai frappé aux portes. J’ai souri ! J’ai testé mon idée (encore très vague) ! Et ça m’a fait avancer très vite. PS : et c’est plus intéressant sur terrain ! 😉
4) PARTAGER : il y a plusieurs entrepreneurs qui ne veulent pas parler de leur projet car ils ont peur que quelqu’un pourrait leur voler son idée ! « AHHH NOOOON », c’est ce que je me crie toujours dans ma tête quand j’entends ça. Au contraire : il faut partager tout le temps! A travers le partage tu va avoir de plus en plus de contact et les synergies se créent. Tu auras des feedbacks sur des potentiels clients et, si vraiment quelqu’un pique ton idée… tant pis ! La concurrence est vitale pour s’améliorer et améliorer son projet!
5) ÉQUIPE : toujours s’entourer de bonnes personnes, qui ont l’esprit d’équipe, qui sont entrepreneurs elles-mêmes, qui partagent les mêmes valeurs que toi et qui sont prêtes à lutter ensemble pour la vision du projet. Je dirai toujours qu’au début il faut faire tout soi-même pour comprendre chaque partie de son projet, mais il ne faut pas hésiter à trouver des personnes plus compétentes que toi. Pour de nombreux projets, on a besoin d’experts dans le domaine, comme des ingénieurs, des développeurs IT, etc. En tant que porteur du projet, il faut avoir la vision, la créativité et l’enthousiasme pour motiver l’équipe. Mais aussi n’oublie pas de toujours apprendre. Être autodidacte est très important pour l’entrepreneur.
6) ESPRIT OUVERT : reste toujours ouvert d’esprit. Écoute ton équipe, tes partenaires et tes clients. N’aie pas une idée trop carrée. Avoir une vision oui, des valeurs oui, mais reste flexible aux opinions des autres et tu apprendras toujours.

Retrouvez le pitch vidéo de ManzerPartazer sur Orange Start-up.